LA MANCHE N’EST PAS UN LONG FLEUVE TRANQUILLE

nord.nord-ouestBonne nouvelle pour les amateurs de lectures marines : cet étonnant Nord-nord-ouest qui nous emmène dans une traversée de la Manche que l’on ne souhaiterait à personne… A priori, le pari était osé: un thriller à bord d’un voilier ? Avec rien d’autre qu’un petit croiseur fatigué, le vent, la brume, trois pieds nickelés n’ayant pas le pied marin, et quelques cargos ?
Et bien ça marche du tonnerre dans le captivant roman de Sylvain Coher. On ne lâche plus ses trois personnages, à première vue peu recommandables, mais à la longue tellement attachants. On ne sait pas grand chose d’eux, juste que les deux garçons sont en cavale après s’être collés une sale affaire sur le dos dans le sud. Les hasards de la route les mènent à Saint-Malo où ils trouvent simultanément une fille prête à partir avec eux et une idée géniale : voler un voilier pour rejoindre l’Angleterre en évitant les contrôles…
On le devine, le plan va se révéler moins génial que prévu. Pas si facile de traverser la Manche quand on ne connaît rien à la voile – à part la fille qui se souvient vaguement de quelques sorties en Optimist – et que l’on choisit un petit bateau, mal équipé et pas en très bon état… Le boat-trip improvisé prendra donc un tour épique, et nous sortirons de l’aventure enchantés d’avoir pu lire – enfin ! – un bon roman parlant de voile d’une façon crédible.
Il faut dire que l’auteur n’en est pas à sa première virée sur l’eau. Moniteur de voile dans ses jeunes années, bercé par la lecture de Loti, Moitessier et Coleridge, Sylvain Coher a longtemps navigué entre la Bretagne et les Anglo-normandes à bord d’un vieux Mousquetaire patiemment restauré qui lui a servi de modèle pour le Slangevar de son roman. Lire la suite

Le Rhum au goutte à goutte

RdR le livre officiel021Attaquer un nouveau livre par la lecture des légendes qui doivent, en théorie, accompagner les illustrations peut être interprété comme un comportement de paresseux. Il n’empêche que c’est par elles que je commence avant de m’immerger dans sa lecture. J’ai toujours procédé ainsi et n’y ai pas dérogé en me plongeant, avant mon départ pour Saint-Malo, dans le petit nouveau de chez Glénat : « 10è Route du Rhum, les héros de l’Atlantique » rédigé par notre confrère régatier du Figaro, Fabrice Amédéo. « Livre officiel » annonce la couverture…
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Incroyable Jean-Pierre Dick

JPDick001Un an après, Jean-Pierre Dick nous fait revivre en images son extraordinaire course, de la bataille pour la première place jusqu’au sauvetage du bateau privé de quille jusqu’à son retour – en course – aux Sables d’Olonne. Mon incroyable Vendée Globe est un livre plein de photos magnifiques mais aussi d’informations tenues jusqu’à aujourd’hui secrètes, comme cette négociation avec l’assureur pour pouvoir ramener le bateau sans sa quille, jusqu’à l’arrivée. L’occasion d’une petite interview pour reparler du Vendée Globe mais aussi des sujets d’actualité comme l’arrivée de la Mini-Transat ou le report à 2016 de la transat en MOD70. Lire la suite

Devoirs et sentiments

livre001Qu’ils soient construits sur une île, « les Purgatoires » ou en mer, « les Enfers », les phares ont depuis plus d’un siècle inspiré les écrivains. Preuve que sa tour, avec ses grosses murailles et ses fenêtres épaisses, se révèle le décor sur mesure du déroulement de drames souvent passionnels, parfois criminels. C’est sur le registre du sordide qu’Anatole Le Braz écrit, en 1900, « Le Gardien du Feu », que Rachilde publie « La Tour d’Amour », sans oublier, plus proche de nous, le roman de Vincent de Swarte, « Pharricide ». C’est toujours un phare, situé à la pointe sud-ouest de l’Australie, que choisit pour son premier roman M. L. Stedman. Tom Sherbourne, le gardien, est un rescapé de la Première Guerre mondiale. Il partage son quotidien avec son épouse Isabel dont plusieurs grossesses n’ont pas abouti. Leur vie, minutieusement réglée par l’allumage et l’extinction du feu, bascule le jour où un canot s’échoue sur leur îlot. A bord, un homme mort et un bébé. C’est le début de l’histoire développée avec infiniment de tendresse et de délicatesse par son auteur qui, de toute évidence, s’est documentée sur le métier de gardien de phare… Lire la suite

La tête dans les étoiles

Proces des etoilesC’est loin d’être une nouveauté. Il est sorti pour la première fois en 1979 avant d’être réédité en 2001 par les Editions Payot. C’est encore moins un livre de mer même si c’est par bateau qu’une équipe de membres de l’Académie Royale des sciences rallie le Pérou. Pourtant, je ne peux que vous recommander chaudement la lecture de ce livre qui se dévore comme un roman d’aventures. Au départ, l’auteur Florence Trystram avait rédigé une thèse d’histoire des sciences évoquant une expédition scientifique dans l’esprit du XVIIIè siècle, destinée à mesurer la longueur de l’arc du méridien terrestre. Elle en fera la trame de son roman, Le procès des étoiles. « Je cherchais des savants, miroirs de l’intelligence et de la raison, j’ai trouvé des hommes que la vie enivrait. » dira–t-elle dans sa préface… Lire la suite

Les punitions ont du bon !

Rassurez-vous, nous n’allons pas profiter de ce blog pour lancer un débat sur la valeur éducative des punitions infligées à ceux qui contreviennent aux règles de vie commune. Mais la découverte d’un petit livre savoureux nous encourage à vous faire partager notre plaisir. La peau de bouc, c’était le registre des punitions à bord des bâtiments de la Royale. Sur la peau de bouc, c’est un livre de dessin du peintre de la marine Pierre Péron, qui illustre comme l’indique le sous-titre de l’ouvrage « 100 motifs de punitions de la vieille marine ». Publié une première fois en 1967 par les éditions de la Cité à Brest, le livre, réédité depuis, ne se trouve plus guère que chez les bouquinistes. Si vous avez l’occasion de l’acquérir, ne vous privez pas. Le style un peu naïf des dessins évoque le coup de crayon de Jean Effel et colle parfaitement à l’humour involontaire des motifs couchés sur la peau de bouc. Nous avons particulièrement apprécié “Etant de faction, s’être couché sans s’être relevé” ou encore “Avoir été trouvé chantant dans un débit alors qu’il était malade à domicile”… Lire la suite

Mes vacances avec les amiraux chinois

C’est connu, un bon bouquin est indispensable pour réussir ses vacances. Un ouvrage volumineux – on a du temps à tuer – mais pas trop exigeant intellectuellement, on ne va pas non plus se faire une entorse au cerveau alors que l’eau est à 27°, l’air à 34 et le Casa à 1. Typiquement, c’est un bon polar de plage qui s’impose… Lire la suite

Apprenti solitaire, le retour

Voici un livre qui parle beaucoup de mini-transat mais qui ne s’adresse pas qu’aux candidats à la célèbre épreuve. Nous vous avions déjà parlé du précédent livre de François Denis sur le même sujet dans un post où nous présentions aussi ses maquettes à coller. Dans ce deuxième tome, il continue à promener son regard et ses crayons sur une pratique à la fois excitante et angoissante : le solitaire. L’auteur met en scène des situations plus ou moins scabreuses ou plus ou moins drôles mais malgré les citations savoureuses glissées en haut de page, on ne rit pas franchement, ou un peu jaune… On s’identifie en revanche sans aucun mal à cet apprenti solitaire qui doit affronter les embûches météo, la mer démontée, le vent absent, l’inconfort, le danger des cargos ou des arrivées sur des côtes trop éclairées…

Bref, on a l’impression de faire partie de ce club informel des navigateurs solitaires et on partage les états d’âme et les petites victoires de ces galériens volontaires, jugez plutôt… Lire la suite

La sérendipité ?

La sérendipité, c’est l’art de trouver ce que l’on ne cherche pas. Autrement dit “ces petits hasards qui bouleversent la science” pour reprendre le titre du livre de Marie-Noëlle Charles. Cinquante inventions qui sont toutes redevables d’un petit coup de pouce du destin sont ainsi recensées. L’ouvrage n’est pas spécifiquement maritime mais ne manque pas pour autant d’intérêt. On y apprend ainsi l’accident qui a permis à Francis Pettit Smith de définir la forme d’une hélice pour propulser les bateaux. Que c’est en utilisant des cendres d’algues marines pour produire le salpêtre nécessaire à la fabrication de la poudre à canon que l’on a découvert l’iode. Ou que c’est un ingénieur de Raythéon (devenu depuis Raymarine), travaillant sur le radar au sortir de la Seconde Guerre mondiale, qui a inventé le four à micro-ondes en constatant les étranges effets des machines qu’il manipulait sur les barres chocolatées qu’il gardait dans sa poche… Lire la suite

Petit manuel du rêveur d’épaves

A priori, personne ici n’a crié au chef d’œuvre en découvrant ce livre à la couverture académique et au titre interminable. Au mieux, cela ressemblait au laborieux mémoire d’un historien amateur, au pire aux souvenirs romancés d’un pilleur d’épaves repenti. Eh bien pas du tout, mais alors pas du tout. Jean-Michel Eriau n’est visiblement pas l’un de ces chercheurs locaux assommants, et encore moins un plongeur mythomane jamais vraiment dégrisé de l’ivresse des profondeurs. D’ailleurs le contre-amiral François Bellec n’aurait jamais préfacé un tel hurluberlu… Jean-Michel Eriau a d’abord une bonne plume, c’est une première bonne nouvelle. La deuxième, c’est que ce passionné n’en fait jamais trop. Avec lui, l’aventure est au coin du récif, proche des côtes familières… Lire la suite