Belle-île : l’île du Ponant au fil du vent

l'ile du ponant

Nous aurions pu prendre une semaine pour découvrir Belle-Ile, la plus grande île du Ponant, ses superbes escales, ses mouillages sauvages, son sentier côtier. Faute de temps, nous en avons fait le tour en deux jours.

Texte et photo : Sidonie Sigrist

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Confidence pour confidence, j’ignorais tout de la beauté sauvage de Belle-Ile, je n’avais aucune image de ses côtes ciselées, ses caps dentelés, aucune idée de ses criques sculptées par les incessantes déferlantes… Je n’avais jamais posé un pied au Palais ni débarqué à Sauzon, petit port aussi charmant que pittoresque. Autant dire la honte… « Belle »-île aurait pu me mettre éventuellement la puce à l’oreille. Mais connaissant bien le quartier de « Belleville » – Paris 19e – j’étais sceptique sur l’adéquation du lieu avec sa dénomination.

Et puis au départ, il n’était pas question d’aller naviguer en Bretagne. Nous devions caboter autour de Porquerolles et des îles alentour, mon terrain de jeu avec, au programme, les prémices de l’été en hiver et les mouillages prisés de juillet pour nous tout seuls en février… Mais la Méditerranée en a décidé autrement. Elle a fermé, une à une, les fenêtres (météo) et s’est déchaînée, tantôt balayée par un vent d’est, porteur de pluie, soulevée par le mistral ou simplement arrosée d’une pluie torrentielle dont le Sud a le secret.

Notre Pogo 30 parfaitement adapté

A contrario, les cieux de la façade atlantique annonçaient une arrogante clémence. Une brise de secteur nord – noroît avant de virer nordet – et un ciel à faire jurer les Sudistes. En trois coups de fil, l’échappée belle était organisée. Alternative Sailing a joué le jeu de la dernière minute en nous préparant, vite fait bien fait, Père Labat, un Pogo 30 parfait pour notre équipage improvisé. C’est ainsi que l’on s’est retrouvés dans la baie de Quiberon, le vent en poupe et le sourire aux lèvres, un mardi de février, à pointer l’étrave en direction d’Houat. A la barre, Jean-Paul Salaün – fidèle parmi les fidèles – n’a même pas besoin de jeter un oeil à la carte. Les reliefs sous-marins, les hauts-fonds, les sèches bref, les dangers, il les a gravés, quelque part dans sa tête.

Il s’amuse de nous voir, avec Florence Miens, multiplier les allers et retours de sécurité à la table à cartes alors qu’il enroule la Vieille les yeux fermés, et de beaucoup trop près à notre goût prudent. Nous partageons le mouillage de la Grande Plage, autrement dit Treac’h Er Goured, à l’est d’Houat, avec un autre voilier. Lui a eu la bonne idée de s’abriter de la houle derrière le gros caillou d’Er Yoc’h. Pour notre part, l’escale sera courte. Tout juste le temps d’avaler un café. La renverse de marée et le changement de courant nous mettent en travers du vent. Et avec le fardage, nous dérapons allégrement, tout droit sur le danger isolé balisé au sud.

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Avec Jean-Paul Salaün à la barre, on enroule le rocher de la Vieille, devant Sain-Gildas, les yeux fermés (ou presque).

Un équipier à la barre, une autre au guindeau, et nous voilà partis comme nous sommes venus… Cette rade formée par la Grande Plage d’Houat est magnifique, mais très ouverte. Nous pointons le passage des Soeurs, puis nous mettons la cardinale est des Galères dans le viseur. Elle annonce la pointe de Kerdonis surplombée par le phare éponyme. Nous mouillons juste derrière, à Port An-Dro, un mouillage splendide bordé à l’ouest d’une plage et au nord d’une falaise illuminée par le lichen marin, arrosé du soleil de fin d’après-midi.

Manque de chance, la houle du large rend le mouillage un peu rouleur. Mais nous avons à faire avant que le soleil ne plonge derrière Belle-Ile : la chasse aux bruits, de drisses, d’écoutes, de chaîne, pour la nuit. Jean-Paul s’en va à l’avant pour soulager la chaîne avec un bout et éviter qu’elle ne bute sur le davier à chaque fois que la houle berce notre Père Labat. Il fait deux demi-clefs autour de la chaîne avec le bout qu’il frappe sur les taquets, sur chaque bord avant de reprendre le mou de la chaîne.

Pendant ce temps-là, Florence frappe les drisses sur le balcon avant et reprend le mou des écoutes de génois. Le soleil se couche et le vent fraîchit, avec des petites claques autour de 25 nœuds. Nous nous réfugions à l’abri du carré. En éminçant les oignons pour la recette improvisée de linguine al Port An-Dro – des pâtes avec ce qu’il y a dans le frigo –, on se dit que ça bouge sacrément.

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Derrière le phare de Kerdonis, à la pointe orientale, se trouvent le mouillage et la plage de Port An-Dro.

Port An Dro est un bon mouillage, abrité des vents de secteur ouest. Cependant la houle du large, plein est, résidu d’un coup de vent quelque part dans l’Atlantique, le rend inconfortable. Au fromage, se pose rapidement la question de mettre les voiles pour rejoindre Le Palais, à 4 milles de là, histoire de s’épargner une nuit hachée et hantée par la question : a-t-on dérapé ?

 

Mouillage rouleur : cap sur le palais

Qu’à cela ne tienne, alors : polaire, ciré, bonnet, frontale et gilet : nous voilà parés pour la nuit. La difficulté est d’évaluer les distances, notamment avec les balises. Heureusement, Jean-Paul a le compas dans l’œil, et nous avons le GPS pour seconder son instinct. Nous laissons largement à bâbord les Galères avant de virer pour pointer sur Le Palais. Le ciel est incroyablement dégagé et nous pouvons deviner (et deviser sur) les noms des constellations. A l’approche du Palais, nous jetons un coup d’oeil sur le Bloc Marine pour vérifier l’amarrage dans l’avant-port. Nous lisons : « amarrage sur bouée au niveau de la digue nord en respectant le passage des ferries ».

Les défenses sont en place, tout comme les aussières, avant et arrière. Mais voilà, une fois la bouée frappée à l’avant, il nous manque un mètre de bout pour atteindre la digue et y frapper l’aussière. Après nous y être repris à trois fois, nous abandonnons l’idée de suivre les instructions du Bloc Marine à la lettre (c’est mal). Mais il est tard, le froid nous engourdit et puis le port est désert. Nous nous amarrons à l’arrache, et de façon pas très conventionnelle. Pris sur deux bouées, parallèlement au chenal, nous risquons de nous faire corner par les ferries en colère… Et pourtant non, le lendemain, nous constatons que les ferries ont manœuvré sans nous réveiller.

 

Du soleil, des rochers, des façades colorées

Nous quittons Le Palais pour faire un tour à Sauzon, petit port de carte postale, certes pittoresque mais ce matin exposé au nordet qui s’engouffre, pile dans l’axe de la ria. Un rayon de soleil vient illuminer les façades colorées et réchauffer cette escale hors du temps.Nous la quittons d’ailleurs pour aborder la côte Sauvage et trouver un petit coin abrité pour le déjeuner.

Le soleil est solidement agrafé dans le ciel tandis que la houle, longue et régulière, se fracasse sur la pointe des Poulains, au nord-ouest de l’île. La mer bouillonne, mousse, se courbe, s’éclate et sculpte, inexorablement, les rochers déjà dentelés. Naïvement, on se dit qu’avec du nord-ouest, tous les mouillages de la côte Sauvage sont praticables.

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Port-Goulphar, ses bouées et sa petite plage, un mouillage idyllique abrité des vents de secteur nord.

Mais la houle du large rend certains trous, comme Ster-Wen, impraticables, avec un ressac qui peut s’avérer dangereux. En revanche, Port Goulphar, plus au sud, est orienté nord-ouest. Et il a l’avantage d’avoir deux rochers protecteurs à son entrée qui brisent l’élan de la houle. Port Goulphar est donc d’huile. Ça tombe bien, il fait faim. Nous prenons un coffre en deux temps trois mouvements et nous voilà seuls, avec les goélands, à profiter de cet abri inondé de soleil.

 

 

Le chenal de La Trinité au crépuscule

Avec des températures plus estivales et un emploi du temps plus flexible, nous aurions débarqué pour emprunter une portion du GR340 qui longe le littoral de Belle-Ile. Mais nous devons rejoindre La Trinité avant la nuit, alors à défaut d’aborder les chemins côtiers, nous longeons la côte Sauvage à la voile, fascinés par la puissance des déferlantes et le vol habile des oiseaux pêcheurs que l’on croise. En fin de journée, nous abordons le passage du Béniguet qui est l’une des portes d’entrée de la baie de Quiberon avec celui de la Teignouse.

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Florence a passé avec succès le passage du Béniguet, porte d’entrée de la baie du Quiveron.

Avec une précision suisse, nous abordons le chenal de La Trinité au crépuscule, à l’heure de la lumière à la fois bleutée et rosée qui annonce le grand froid. En février, il faut encore du chauffage pour supporter les nuits au mouillage. Nous reviendrons en mai, à l’heure où fleurit le printemps, pour pousser l’exploration de l’île qui porte décidément bien son nom.

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Retour à la tombée du jour à La Trinité, avec un chenal parfaitement balisé.

1 thought on “Belle-île : l’île du Ponant au fil du vent

  1. Villain dit :

    Un beau récit pour une belle balade hivernale! En cette période estivale encombrée dans les mouillages et autres ports, vivement février prochain…

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