Volvo Ocean Race : Pascal Bidégorry refait le match !

Ils l’ont fait ! Dongfeng Race Team a remporté la Volvo Ocean Race grâce à une dernière étape incroyable entre Göteborg (Suède) et La Haye (Pays-Bas).

Après avoir navigué au contact de Mapfre pendant l’essentiel du parcours en mer Baltique, puis s’être fait dépasser peut après l’entrée en mer du Nord, les Franco-Chinois ont renversé la table en partant à terre, laissant les Espagnols contourner la DST (zone de séparation du trafic maritime) par le large. Et ça a marché ! De peu… Première victoire d’étape pour l’équipage de Charles Caudrelier, et victoire tout court. On a débriefé au téléphone avec son navigateur et ami Pascal Bidégorry.

Quelle étape de dingues ! Vu depuis la terre, on eu l’impression d’une option très risquée, limite désespérée… Comment on porte une telle décision, en tant que navigateur ?

Pascal Bidégorry : De notre point de vue, c’était tout sauf un coup de poker. Cette trajectoire à terre, nous l’avions préparée avant le départ avec Marcel (Van Triest, le routeur, ndlr). Pour nous, c’était clairement l’option à prendre. La vraie question, pour moi, c’est plutôt : pourquoi Mapfre a-t-il continué sur la route ouest ? J’aurai sans doute l’occasion d’en parler avec eux cette semaine, je me demande vraiment pourquoi ils ne sont pas allés à terre. C’était le choix logique, on a quand même un peu les mêmes outils… Après, ce n’est pas un choix facile parce qu’il faut accepter de perdre d’abord pour espérer « passer à la caisse » ensuite.

“Tu vois les milles de retard qui s’accumulent…”

Quand j’ai dit à Charles : « On y va », je n’avais pas de doute, mais ensuite tu regardes quand même les classements, les milles de retard qui s’accumulent – jusqu’à 50 selon les calculs du tracker de la course, ce qui est largement exagéré à mon avis –, les autres te posent des questions… L’autre difficulté, c’est que c’était une route beaucoup plus exigeante en termes de manœuvres avec des changements de voile d’avant à répétition, dont certains dans des conditions très dures. Et enfin un pilotage au plus près des bancs de sable.

Le long de la côte, on avait un angle idéal, pas de mer, donc des conditions pour aller à 25 nœuds, mais parfois pas plus de 20 cm d’eau sous la quille, c’est chaud. Talonner à cette vitesse-là, ce jour-là… tu imagines ? Ça aurait pu arriver, j’y ai pensé jusqu’à la ligne ! Du coup, on a pris un peu de marge par endroits, entre ça et le dévent des champs d’éoliennes, que j’avais un peu sous-estimé, on a perdu un peu plus de 3 milles je pense par rapport à notre trajectoire idéale. Un peu plus et on se retrouvait juste derrière Mapfre à l’arrivée… Ça aurait pu arriver aussi, je l’avais en tête. Mais c’est passé !

Vous n’avez pas été tentés de rester au contact des Espagnols, qui étaient à 1,5 mille devant vous à ce moment-là ?

P. B. : Dans le passé, on aurait peut-être fait cette erreur. Naviguer en fonction des autres nous a parfois coûté cher, comme dans l’étape entre Lisbonne et Le Cap. Là où on peut être fiers, c’est que cette fois-ci on a été solides, cohérents jusqu’au bout. Pendant toute cette course, on a quand même souvent manqué de réussite, pour ne pas parler de chance.

“La poisse ne nous a jamais désunis”

L’arrivée à Newport est l’exemple extrême, mais il y a eu aussi plein de petits faits de course pas forcément connus du public… Ce qui est top, c’est que cette poisse ne nous a jamais désunis. On a continué à y croire et à travailler ensemble. C’est beau que ça paie à la fin.

A Alicante, au départ, tu te disais impressionné par les CV des équipages adverses, les médaillés olympiques, les cadors de l’America’s Cup… Bon, au final ils sont derrière. Quel bilan fais-tu de cette Volvo Ocean Race ?

P. B. : C’est clair qu’il y avait un niveau de fous, et en plus certains ont beaucoup progressé. Brunel bien sûr, mais aussi AkzoNobel, ils sont capables de tenir un tempo de malade, à l’image des 600 milles en 24 heures réalisés sur la transat. Nous on a attendu la dernière étape pour en claquer une, mais on a quand même été hyper-réguliers.

J’ai quelques bons copains sur les bateaux concurrents… Là je les laisse tranquilles, mais tôt ou tard on refera le match. C’est une course très dure, on peut être fiers. On savoure.

 

La réaction de Charles Caudrelier à la victoire de Dongfeng Race Team :



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *