Sir Robin Knox-Johnston : le Rhum en ligne de mire

 

Sir Robin Knox-Johnston Le vainqueur du Golden Globe 1969, Robin Knox-Johntson en 1969le seul à avoir franchi la ligne d’arrivée en fait, a vaillamment couru la Route du Rhum 2014 en catégorie Rhum, et il n’a pas la langue dans sa poche. L’ayant croisé au salon nautique de Londres, il était tentant de le faire réagir sur quelques sujets d’actualité (ci-dessous). Un échange qui a tourné à l’interview en règle, dont la version intégrale se trouve dans le Voile Mag de mars – lequel arrive dans les kiosques pour la Saint-Valentin (ça peut servir). Il y est question de Suahili, du Golden Globe 1968 et de son retour en 2018, du choix des Sables comme ville de départ… et de la décision de la FFV de ne pas supporter la course. En attendant, Robin évoque le duel Coville-Gabart, le souvenir de Tabarly… et la prochaine Route du Rhum, dont il compte bien prendre le départ !

Propos recueillis par Pierre-Yves Poulain.

 

Dear Robin, que vous évoquent les événements et les personnalités suivants ?

 

Volvo Ocean Race
C’est une course passionnante à suivre, surtout cette année avec l’introduction de la monotypie. Quand vous voyez le niveau des équipages qui bataillent au milieu des océans pour se retrouver à quelques milles les uns des autres à l’arrivée, c’est vraiment génial. Les nouvelles règles de mixité des équipages sont aussi une bonne nouvelle pour l’image de notre sport.

Vendée Globe
Pour moi, c’est un peu le Graal de la voile moderne. J’ai un immense respect pour ces marins. On imagine mal la détermination et la force physique dont il faut faire preuve pour endurer le rythme auquel ils s’astreignent. Je pense aussi que c’est devenu une sorte de drogue pour certains, qui veulent revenir jusqu’à ce qu’ils gagnent. Je pense notamment à Alex Thomson, qui se prépare pour la prochaine édition, car il ne pourra pas digérer indéfiniment sa deuxième place. Regardez Armel Le Cléach, il a eu raison de ne rien lâcher.

Coville / Gabart
L’Ovni dans cette histoire, c’est Gabart, qui gagne du premier coup tout ce qu’il entame. A son âge, c’est tout simplement bluffant. Mais j’ai autant de respect pour Thomas Coville qui s’est battu sans relâche après moult tentatives pour faire tomber ce record, même s’il n’aura pas tenu très longtemps. Encore une fois, c’est le principe du record. Si vous n’acceptez pas d’être battu, alors faites autre chose dans votre vie.

2019 Ultim
Je vais suivre cette course de très près, car je pense qu’on va pouvoir enfin observer l’évolution de la technicité des bateaux volants en conditions réelles, avec un départ identique pour tout le monde. C’est ce qui fait toute la différence entre un départ de course avec tout le monde sur la même ligne, et un record où chacun part quand il veut. La pression n’est pas du tout la même.

America’s Cup
Je suis personnellement ravi de la nouvelle mouture. D’abord parce qu’on assiste au retour des équipes nationales, ce qui me semble beaucoup plus parlant pour le public, qui s’identifie peut-être plus à un drapeau qu’au nom d’un sponsor. Ensuite, le retour au monocoque, avec une configuration où le niveau de compétence des équipiers va être beaucoup plus important que leur capacité à pomper sur des pédales ou se défoncer les bras sur des moulins à café. Et puis, disons-le, les maquettes du nouveau bateau ont quand même de la gueule !

Foils
Est-ce que la voile du futur sera volante ? Oui, probablement, mais je fais partie de ceux qui pensent que cela n’enterrera pas la voile dite « archimédienne », pour plein de raisons, à commencer par l’apprentissage de la voile elle-même. Prenez un enfant de 5 ans dans un dériveur, c’est déjà assez compliqué de lui expliquer comment ça marche. Regardez un croiseur de 40 pieds qui se balade en Méditerranée avec une famille à bord, il n’est pas là pour battre des records de vitesse ou faire de la chasse au poids. Il y a 45 ans, quand j’ai commencé le multicoque, il y avait un débat similaire. Certains disaient : « C’est la fin du monocoque », et ils ont eu tort. D’autres disaient : « Ce type de bateau sera toujours trop sportif pour le grand public ». Et ils avaient tort aussi, si l’on en croit aujourd’hui les chiffres du marché des multis habitables. Tout cela va cohabiter et, je l’espère, représenter encore plus d’opportunités de pratiquer la voile, à différents niveaux : de la balade familiale du dimanche à la voile en mode « formule 1 ». Il y a de la place pour tout le monde.

40 ans de la Route du Rhum
Cela va être un sacré moment. J’ai d’ailleurs bien l’intention d’en prendre le départ ! Ce faisant, je battrai déjà un nouveau record avant même de partir. (NDRL : celui du skipper le plus âgé, titre qu’il avait déjà reçu en 2007 en prenant, à 68 ans, le départ de la Velux 5 Oceans Race). Je cherche d’ailleurs à acheter un trimaran de 40-45 pieds. Je pensais que mon ami Loïck Peyron accepterait de me vendre le sien, mais comme il a l’intention de prendre aussi le départ, il va falloir que j’en trouve un autre ! A bon entendeur…

20 ans de la mort de Tabarly
Le temps passe vite… J’ai l’impression que c’était hier. C’était un formidable marin, évidemment. Nous avons eu l’occasion de nous croiser à quelques reprises, et je crois pouvoir dire que nous partagions beaucoup de choses sans nécessairement ressentir le besoin de les exprimer. Nous avions tous deux été dans la Marine, et beaucoup navigué dans les mêmes années à cette fameuse époque où les premiers à effectuer un parcours battaient les premiers records. Sa disparition tragique a hélas souligné l’importance de la sécurité à bord, pour tous les marins, même les plus chevronnés.

Le plus grand marin de tous les temps ?
C’est très difficile de répondre à cette question. Si l’on considère l’histoire, je vais vous dire le Capitaine Cook, Chichester ou encore Francis Drake. Dans ceux que j’ai connus et qui ne sont plus là, Peter Blake évidemment. Dans la génération actuelle, il y a tous ceux dont on vient de parler, mais aussi Franck Cammas, qui est un marin vraiment impressionnant. Et dans chaque spécialité de la voile il y a des navigateurs incroyables, à commencer par les champions olympiques, souvent moins médiatisés mais tout aussi valeureux. Je ne pourrais pas retenir qu’un seul nom.

L’environnement marin / la pollution des océans
C’est LE sujet d’avenir pour tous les habitants de cette planète, bien au-delà des marins. Lorsque votre alimentation est mise en danger par l’absorption de plastique par les poissons que nous retrouvons dans nos assiettes, ou que l’eau du robinet contient des microbilles, on doit commencer à s’inquiéter. Je viens d’apprendre que notre Premier ministre va mettre en place un dispositif législatif pour diminuer le recours au plastique dans les emballages, et faire en sorte que les sacs en papier remplacent les sacs plastiques. Question : pourquoi ne l’a-t-on pas fait avant ?
Je ne vais pas jouer les donneurs de leçon, ce n’est ni mon genre ni mon rôle. La seule chose que je puisse vous dire, c’est qu’il y a cinquante ans, quand je faisais le tour de la terre sur mon bateau, la seule chose qu’on voyait flotter, c’était du bois. Si, cinquante ans après, cette matière première inoffensive a été massivement remplacée par quelque chose de nocif créé par la main de l’homme, alors il est vraiment urgent d’agir. Je me sens très concerné par ce sujet et j’ai bien l’intention de supporter des initiatives dans ce domaine.

Quel regard portez-vous sur l’avenir de la voile en général ?
C’est très simple. Il y a moins de 250 personnes sur terre qui ont, comme moi il y a cinquante ans, fait un tour du monde sans escale, alors qu’on a envoyé plus de 700 personnes dans l’espace. Si vous regardez les navigateurs en équipage, par exemple les équipiers de la Clipper Race, ou ceux de l’ARC (NDLR : Atlantic Rally for Cruisers), ils sont moins nombreux que ceux qui ont gravi l’Everest. Deux exemples qui vous montrent qu’il existe une formidable marge de progression ! Et qu’avec l’apparition du GPS, de l’AIS, etc. il n’a jamais été aussi facile de naviguer sans courir le risque de se perdre ou de s’échouer. La voile est un univers fantastique, un support d’éducation incroyable, et une expérience humaine incomparable. Et c’est aussi pour cela que je trouve l’initiative de cette réédition du GGC une très bonne idée : vous n’avez pas besoin d’avoir des millions et d’acheter un IMOCA pour y participer. C’est à la portée d’amateurs motivés, dont cela va changer la vie. Vous pouvez me croire quand je vous dis cela : ça a changé la mienne !

Robin Knox-Johnston au départ de la route du Rhum 2014

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