Actual : Yves Le Blevec explique son chavirage

 

Nous avons pu joindre Yves Le Blevec en fin de journée, 24 h après son chavirage. Fatigué mais en bonne santé, il se trouve actuellement à Punta Arenas au Chili dans un hôtel et cherche des solutions pour récupérer son trimaran ou du moins ce qui risque d’en rester…

Dans quel contexte as tu chaviré ?

Je venais de rentrer dans le Pacifique depuis quelques heures et les conditions de vent et de mer étaient très mauvaises (30, 40 nœuds de vent avec des rafales et une mer hachée de plus de cinq mètres) mais j’étais préparé à affronter ce type de condition en portant la toile du temps, à savoir ma GV à trois ris et un J 4 sur l’avant (un tourmentin de 20 m2). Je savais que ce n’était pas une course de vitesse mais avant tout une course dans la durée. On savait aussi qu’après le Cap Horn, avec des vents de secteurs ouest, il y a toujours une accélération mécanique avec la Cordillère des Andes sur 100 miles où c’est compliqué pendant quelques heures…En naviguant entre 12 et 15 nœuds au près, je m’assurais d’avoir une stabilité sur le bateau. Trop rapide je risquais de finir sur le toit, trop lentement le pilote avait du mal à corriger les mouvements de la mer. Soudain dans une accélération, j’entends un grand craquement sur l’avant en retombant dans le creux d’une vague, avant d’en entendre un second encore plus fort sur l’arrière quelques instants plus tard. Je comprends rapidement que les bras de liaison bâbord viennent de céder… Actual prend alors une énorme gîte (plus de 90°), toutes les alarmes du bord se déclenchent en même temps ajoutant si c’est possible encore plus de stress à la situation. Puis c’est au tour du mât planté dans l’eau de céder sous la force des éléments provoquant de fait le chavirage complet de mon trimaran.

Comment as-tu réagi une fois à l’envers ?

Dans ces moments d’actions intenses, on ne réalise pas tout de suite la gravité de la situation car l’adrénaline prend le dessus. Je me suis tout de suite mis en sécurité dans le compartiment de la coque centrale donnant sur la trappe de secours. Manque de chance le filtre à huile du moteur s’est renversé intégralement à mes pieds rendant l’atmosphère très peu vivable. Par contre mon environnement de survie est resté bien étanche à l’eau de mer malgré le chantier ambiant et les coups de butoirs à répétition du flotteur au vent contre la coque centrale… J’ai déclenché  mes deux balises de détresse dans la foulée pour bien signifier au Cross Gris nez qui coordonne les secours depuis la France que ma situation était précaire, qu’il s’agissait pas d’une fausse manip ! Via Iridium je me suis mis en contact avec mon équipe à terre pour faire le point sur les secours possibles. Je redoutais avant tout de devoir effectuer mon transbordement sur un gros cargo ce qui aurait signifié une prise de risque énorme aussi bien pour moi que pour le bateau. Après plusieurs heures d’attente, c’est un bateau de croisière d’une centaine de mètre qui arrive le premier sur zone, celui ci étant équipé de semi rigide pour la récupération. Mais c’est finalement, la marine chilienne qui décide de mettre le paquet en organisant un hélitreuillage, ce qui m’a permis de pousser un ouf de soulagement car c’était de loin la meilleure solution !

Yves sain et sauf !

Yves sain et sauf !

Et le bateau ?

Concernant le bateau, on a une balise type tracker pour le suivre tous les ¼ d’heure avec un an d’autonomie de batterie au maximum. Il dérive actuellement à 80 milles de la terre de feu vers le nord-est en passant très au large des îles des Etats. La question est de voir quels sont les moyens que l’on peut mettre en œuvre pour le récupérer. Ce qui est loin d’être simple parce qu’il y a peu de moyens et qu’il y en a encore moins avec la pleine saison touristique et également les conditions météos qui sont vraiment difficiles. Peut être dans le cadre d’un exercice de la marine ? Il faudra en effet mettre sur pied une grande logistique car un plongeur devra forcément intervenir en amont pour couper les espars et autres avant de pouvoir sécuriser la remorque. Concrètement, on n’a pas encore de solutions pour l’instant pour atteindre le bateau, puis ensuite mettre en place le remorquage. La situation est compliquée.Je ne suis pas très optimiste quant à la possibilité de remettre le bateau en état par la suite. Mais à la limite, ce n’est pas la question que je me pose. Il est hors de question de laisser un bout de plastique à la dérive derrière moi. On regarde des solutions pour aller chercher l’épave ; l’analyse de ce que l’on pourra faire, on la fera après à tête reposée. Pour l’instant, il faut faire les choses dans l’ordre. L’urgence, pour l’équipe et Actual c’est de récupérer le bateau. »

3 thoughts on “Actual : Yves Le Blevec explique son chavirage

  1. Frédéric dit :

    Quelle histoire! Bravo a lui et aux sauveteurs pour leur courage.

  2. nolleau dit :

    seul le prao pacifique qui ne s’appuie pas sur son flotteur mais qui s’en sert de balancier peut raisonnablement affronter ce défi sans grand risque. La forme de la cabine, combinée à sa grande légèreté lui permet de s’auto retourner en cas de chavirage complet et les bras peu sollicités par un flotteur petit soulevé par un foil sont peu sollicités. La légèreté de l’ensemble permet une voilure légère et facile à régler, les efforts sont petits, l’ensemble est cohérent et rapide. Il est probable que ce sera une recherche future permettant de voler dans des houles importantes sans tout casser et en étant capable d’être soulevé pas des foils en suivant la forme des mers. Affaire à penser et j’espère participer de mes réflexions si intéressé : voir f prao vanille framboise

  3. nolleau dit :

    seul le prao pacifique qui ne s’appuie pas sur son flotteur mais qui s’en sert de balancier peut raisonnablement affronter ce défi sans grand risque. La forme de la cabine, combinée à sa grande légèreté lui permet de s’auto retourner en cas de chavirage complet et les bras peu sollicités par un flotteur petit soulevé par un petit foil sont peu fragilisés. La légèreté de l’ensemble permet une voilure légère et facile à régler, les efforts sont petits, l’ensemble est cohérent et rapide. Il est probable que ce sera une recherche future permettant de voler dans des houles importantes sans tout casser et en étant capable d’être soulevé pas des foils et de suivre la forme des mers. affaire à penser et j’espère participer de mes réflexions si intéressé : voir f prao vanille framboise

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