Dufour 36 Performance, une occasion à saisir

DUFOUR 36 PERF

Nous sommes allés essayer au Crouesty ce Dufour 36 Performance de 2012 mis en vente par Atlantique Développement Nautique au prix de 120 000 €. Difficile de ne pas avoir le coup de foudre quand on tombe sur un bateau dans cet état quasi-neuf !

Cette journee a bord d’Elixir a la saveur des retrouvailles. La dernière fois que j’ai navigué sur un Dufour 36 Performance, c’était à l’occasion de l’élection du Voilier de l’année 2012. Des bords musclés avec le pont de l’île de Ré en toile de fond refont surface, alors que je m’assois sur la banquette du carré. Marcel Proust a décrit le gâteau qui l’a tant inspiré comme « court et dodu ». Ma madeleine est plutôt épaisse et moelleuse et n’émerveille pas mon palais mais mon séant : il s’agit de la sellerie, ô combien confortable ! J’admire de nouveau le volume intérieur et sors le mètre de ma poche : 1,91 m de hauteur sous barrots au pied de la descente, pas moins à l’entrée de la cabine arrière et du cabinet de toilette. Seuls les grands de plus de 1,85 m doivent courber l’échine pour aller dans la cabine avant. Quant à la largeur aux épaules, il y a de la marge !

DUFOUR 36 PERF

En serrant le vent sous spi asymétrique, on trouve de la puissance dans les petits airs, bien pratique pour s’extraire du Golfe devant Port-Navalo.

 

Même les embraqueurs de la Coupe de l’America sont au gabarit de la porte à deux battants. Tandis que je note les mensurations du bateau, je fais tourner le disque dur de mes souvenirs. Concernant l’atmosphère dans le carré, j’avais enregistré qu’elle était un peu austère. C’est bizarre, je n’ai plus cette impression aujourd’hui. Pourtant, un orage qui mijote tranquillement nous plonge dans une pénombre lugubre qui n’arrange rien. Mon goût pour la mise en scène aurait pu me pousser à écrire que, soudain, dans un crépitement assourdissant, la foudre illumine le ciel de ma mémoire. En fait ce n’est que le lendemain, en regardant les photos publiées en 2012, que l’explication a surgi : le Dufour 36 Performance essayé à La Rochelle était équipé d’un mât laqué noir et de selleries gris foncé alors qu’Elixir a un mât en alu « classique » et des selleries blanches. Mine de rien, ça fait toute la différence ! Mais ce qui est  particulièrement marquant à bord d’Elixir, c’est l’état des aménagements intérieurs. A quelques griffures près qu’il faut repérer à la loupe, on se croirait dans un bateau neuf. Ce Dufour 36 Perf a pourtant été mis à l’eau il y a cinq ans. Sur le pont, les cordages un peu délavés par les UV sont les seuls indices de vieillissement. Ça et là, les bandes décoratives adhésives commencent à se décoller. Des premières rides discrètes, rien de plus. Le cockpit en teck est encore impeccable.

Même constat pour les voiles, un point clé dans l’achat d’un voilier d’occasion. La grand-voile Elvström Windward en laminé  et le génois (monté sur un enrouleur à sangle Facnor) ont de longs milles devant eux. Sans parler du puissant spi asymétrique de 120 m2, dont le nombre d’envois doit se compter sur les doigts de la main : une belle bulle bleue idéale pour mettre le turbo ! Quant au moteur, il n’a que 190 heures au compteur. Pas besoin d’être un expert du marché de l’occasion pour deviner qu’Elixir est une bonne affaire. Acquis en 2012 pour 180 000 €, il est mis en vente à 120 000 €, soit une décote d’un tiers par rapport à la valeur d’achat. La tenue sur sangles confirme le très bon état général du voilier : la carène est très propre. Seuls les joints de sail drive et de quille méritent d’être refaits. Ça tombe bien, Elixir va bientôt être mis à terre par ADN (Atlantique Développement Nautique), désormais propriétaire du bateau. Le chantier, qui possède une antenne à La Trinité-sur-Mer et à Arzon, n’a pas hésité à faire cette reprise afin de faire affaire avec les propriétaires qui souhaitaient acquérir un Rhéa 8.50 Open.

 

EN DETAILS

Après inspection des œuvres vives, nous empruntons le chenal sous l’œil cyclopéen mais néanmoins bienveillant du phare du Crouesty. Rien ne vaut le recul d’une séance photo à bord d’une vedette (au passage, merci à Nautiloc pour le prêt de l’Aston 23) pour apprécier les lignes d’un voilier. Force est de constater que l’architecte Umberto Felci a en lui cette classe typiquement italienne. Sur l’eau, oublié le haut franc-bord qui saute aux yeux au port ! Le bouchain et la « bande déco » agrémentée d’un hublot de coque rectangulaire cassent efficacement le volume de la carène. L’élégance de l’étrave droite et la discrétion du rouf en sifflet participent également à la réussite esthétique de cette unité. Le Dufour 36 P a belle allure mais a aussi des chevaux sous le capot. Très à l’aise dans le petit temps, il devient franchement puissant quand le vent monte. Les accélérations sont franches tandis que la barre reste très douce (what else ?). Le tirant d’eau de 2,20 m, certes pénalisant au mouillage, n’est pourtant pas un luxe et malgré une bonne raideur à la toile, il faut parfois décharger l’excédent de puissance pour maintenir un angle de gîte confortable. Elixir est équipé d’un circuit d’écoute de grand-voile « à l’allemande » : la poulie, fixée sur le chariot en fond de cockpit, correspond au milieu de l’écoute, dont les extrémités remontent vers la bôme. Les deux brins courent le long de l’espar vers le mât, puis sont renvoyés sur les passavants, au niveau des rails d’écoute de génois.

 

DUFOUR 36 PERF

 

L’écoute circule ensuite, sur chaque bord, dans des filoirs, jusqu’au winch situé en avant de la barre à roue. Une poulie de plat-pont avec coinceur, située en amont du winch, permet de le court-circuiter et de renvoyer l’écoute directement au piano. Le système « à l’allemande » offre la possibilité de border la grand-voile bien à plat dans la brise grâce aux winches. Mais les frottements dus aux très nombreux renvois empêchent de choquer aussi rapidement qu’avec un palan classique. C’est la contrepartie. La solution consiste à réguler en choquant le chariot d’écoute de GV (le long rail permet un bon angle d’ouverture) et en étarquant le pataras (pour décharger
le haut de la voile en la vrillant). Cette configuration fonctionne bien en équipage mais pas en solitaire. Dans ce cas, on fait l’impasse sur le réglage du pataras et on s’assoit en avant de la barre à roue entre le compas et le winch, pour pouvoir accéder à la manœuvre du chariot. On peut ainsi gérer la GV tout en barrant, bien que l’assise soit un peu étroite et que, selon sa carrure, le barreur puisse être gêné par la course de la manivelle. Quelle que soit l’organisation choisie pour manœuvrer, on trouve vite ses marques et on apprécie l’espace disponible : avec un cockpit de 2,30 m de large à l’arrière, on est à son aise ! A tel point que les coffres amovibles n’ont pas grand intérêt, à moins de vraiment vouloir gagner du poids en régate. En plus des coffres, le davier et la table du carré peuvent se démonter. En croisière, on préférera presque installer la table de cockpit qui peut servir d’appui à la gîte : un cockpit large, c’est aussi le risque de valdinguer d’un bord à l’autre. Nous n’avons pas eu la chance de mouiller mais nul doute que l’agencement du cockpit est optimal pour accéder à la mer, grâce aux deux barres à roue, à la grande patte-d’oie du pataras qui dégage l’arrière et au tableau basculant. Malgré son ADN de champion, le Dufour 36 Perf est aussi un croiseur pur-sang, avec un beau volume intérieur mis en valeur par une ergonomie soignée (mention spéciale pour la cuisine et ses rangements malins). L’idéal pour régater en équipage et partir en croisière familiale. C’est justement le programme de François, notre équipier du jour. Propriétaire d’un JOD 35, il souhaite acquérir une unité plus volumineuse pour naviguer confortablement aux côtés de sa femme et de sa belle-fille… Mais sans rogner sur les performances ! A voir son « sourire Colgate » à la barre d’Elixir et son empressement, de retour au ponton, à vouloir faire visiter le bateau aux filles, on imagine que le Dufour 36 Perf a tapé dans le mille.

 

Contact : 02 97 53 45 46



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