A peine plus vieux que son bateau

Le mini fou du petit Suisse ou le petit mini du Suisse fou ? Les deux appellations non contrôlées auraient pu faire l’affaire. Car, même parmi les prototypes, le 284 est un drôle de bateau. Et au sein de la tribu riche en personnalités hors-normes des ministes, Alan Roura est un drôle de client. On ne sait pas très bien s’il faut d’abord parler du bonhomme ou du bateau mais ce qui est sûr c’est que ces deux-là, atypiques, se sont trouvés. Alan est jeune (seulement 20 ans !) mais il a déjà beaucoup navigué. A la façon d’un Bourgnon il a fait le tour du monde sur le bateau familial. Sur son CV, figure ainsi une traversée du Pacifique en double avec son papa à la barre d’un LongVent, un 40 pieds du Léman. Et quand je dis à la barre, il ne s’agit pas d’une figure de style, le bateau n’avait pas de pilote ! A seulement neuf ans, il découvre la mini-transat qui croise la route du bateau familial alors en escale aux Canaries. Et il décide que plus grand, il en sera…

A 15 ans Alan devient même propriétaire d’un mini ou plutôt d’une épave de mini avec laquelle il bourlingue en solitaire une saison dans les Antilles après l’avoir retapé. Un entrainement pour sa future mini-transat. Bref, le garçon qui n’a jamais usé ses fonds de culotte sur les bancs d’une école n’a pas peur de rester scotché à sa barre 14 heures par jour si nécessaire, à vrai dire il n’a pas peur de grand chose. Quand il a découvert que le 284 était à vendre, il n’a pas hésité et a traversé la France pour découvrir ce drôle d’engin et Douarnenez par la même occasion.

Son mini, né seulement deux ans avant son skipper, sera sans doute le seul bateau en bois moulé sinon en bois tout court de cette nouvelle édition, mais ce n’est pas la seule de ses originalités. Qu’on en juge plutôt, ce plan Welsford présente un petit cockpit fermé comme un bateau de croisière d’antan, une étrave extrêmement volumineuse que ne désavouerait pas David Raison et des appendices eux aussi très originaux. La quille basculante présente la particularité de s’incliner jusqu’à 45°, c’est beaucoup mais surtout Navman possède deux dérives placées tout à l’avant du bateau, à peine un mètre en arrière de l’étrave. Et aussi une petite dérive sabre à l’arrière, entre les pieds du barreur pour stabiliser le bateau aux allures portantes. « C’est un super bateau, il a déjà fait troisième sur la mini (en 1999) mais il est très pointu à faire marcher, il faut trouver le mode d’emploi » explique Alan dans un grand éclat de rire. Mais ce mode d’emploi, il n’est pas inquiet, il va le trouver pendant les quelques semaines qui le séparent du départ. La traversée comme l’arrivée dans les Caraïbes ne l’inquiètent pas : il connaît la route. Une fois là-bas il ne sait pas ce qu’il fera du bateau, il n’a pas de quoi payer son rapatriement mais ce n’est pas ce qui le chagrine le plus : il aimerait vraiment disposer d’une nouvelle grand-voile pour titiller ses petits camarades. Voilà un couple coureur-bateau que l’on saluera bien bas  au départ de Douarnenez, et on lui souhaite bonne chance pour rallier l’arrivée à une bonne place !

Vous pouvez retrouver Alan sur le site navman.ch, du nom d’origine du bateau.

Les drôles de dérives du 284 sont placées juste un mètre en arrière de l'étrave. Une solution imparable pour ne pas déraper au près ?



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